Guerre et formation de l’Etat au Sahel
- Afrique et Développement , 48 (4) : 1-28
Résumé
Cet article analyse la formation de l’État au Sahel à partir du modèle
« belliciste » développé par Charles Tilly. Il vise à élucider comment la guerre
contre le terrorisme affecte les dynamiques de formation étatique dans cette
région. En partant du cas burkinabè, les résultats montrent que la guerre
sécrète une double dynamique. D’abord, les politiques de lutte contre
l’insécurité contribuent à étendre l’appareil coercitif de l’État et à relancer
le projet de construction nationale. Ensuite, la coopération sécuritaire et la
gestion des groupes d’autodéfense induisent une dynamique de délitement de
l’État marquée par son déclassement et son hybridation. Tout en renforçant
l’État sur le plan militaire et politique, la guerre accentue sa patrimonialisation,
sa marginalisation et son informalisation. En clair, si la guerre accélère la
formation de l’État, c’est un État à part, qui à certains égards, s’éloigne du
modèle idéal-typique wébérien.
Mots-clés
Guerre, sécurité, État, Sahel, Burkina Faso