Instrumentation et carrière des problèmes publics : l’exemple de la réconciliation nationale au Burkina Faso
- REVUE HYBRIDES (RALSH) , 4 (7) : 205-225
Résumé
Au Burkina Faso, depuis la fin du régime Compaoré en 2014, la réconciliation nationale s’est imposée comme un des problèmes publics brûlants dans l’arène politique. Sa gestion politique est marquée par une instabilité. Tantôt ce problème est érigé en priorité et inscrit dans l’agenda institutionnel, tantôt il est y éjecté, totalement ou partiellement au gré des changements de régime et de contextes. Cet article vise à élucider la carrière paradoxale de ce problème. Le cadre théorique combine l’approche en termes d’instrumentation et la sociologie des problèmes publics. Le matériau empirique a été constitué de données issues d’une revue documentaire, d’entretiens et d’une observation participante. Les résultats de la recherche mettent en évidence trois déterminants étroitement imbriqués pour saisir la carrière de ce problème. C’est d’abord l’émergence d’entrepreneurs de la réconciliation dont la stratégie repose sur la fabrique et la mobilisation d’instruments. C’est ensuite le contexte politique marqué par les changements de régime et de priorités politiques. C’est enfin l’absence de consensus sur le problème lui-même au sein de la société. Au fond, ces dynamiques de politisation, dépolitisation et de « repolitisation » d’un enjeu social sont le reflet à la fois des clivages idéels sur le vivre-ensemble et des luttes pour le contrôle du pouvoir politique. La contribution théorique de l’article est double. D’une part, il élargit l’étude des instruments à l’analyse de la construction et de la publicisation des problèmes, alors que la littérature privilégie la fabrique et les effets des instruments. De l’autre, il explore la fabrique des instruments non pas par l’État, mais par des entrepreneurs extra-étatiques.
Mots-clés
Réconciliation, Problème public, Agenda, Instruments, Politique publique.